Les dimensions du libéralisme

Dans mon désir de réhabiliter le libéralisme, et de réfuter les critiques malveillantes et injustes dont il est l’objet, j’ai procédé point par point. J’ai passé le libéralisme aux cribles de l’efficacité économique, de la justice sociale, de la morale, voire de la religion : au total, je vous ai proposé vingt articles. Cet examen vous a-t-il convaincus, vous a-t-il apporté des arguments de nature à convaincre d’autres personnes des bienfaits et de l’espoir que porte le libéralisme ?
Je l’espère. Cependant, cette approche parcellaire a pour inconvénient de masquer l’harmonie qui préside à l’ensemble intellectuel que constitue la doctrine libérale. Or, nous avons tous besoin de doctrine, c'est-à-dire d’une organisation raisonnable et personnelle de nos savoirs, de nos aspirations, de nos croyances. Ce qui signe une vie, ce qui lui donne un sens. Je consacrerai donc cette dernière rubrique de « Connaissance du libéralisme » à un rappel rapide -trop schématique sans doute– de ce qu’englobe le libéralisme. Vous pourrez aussi vous référer avec profit à l’ouvrage de Pascal Salin « Libéralisme » (Odile Jacob, 1988). De mon point de vue le libéralisme a une triple dimension :
1° C’est un humanisme, qui met en évidence la liberté et la dignité de l’être humain.
2° C’est un ordre social, fondé sur l’état de droit et sur des règles de juste conduite.
3° C’est une anthropologie, une vision de la nature humaine. Dans cette présentation je ne crois pas utile de faire la distinction entre libéralisme économique, libéralisme politique et libéralisme philosophique, puisque je me suis efforcé jusqu’à présent de montrer l’étroite imbrication de ces trois dimensions du libéralisme, que certains veulent au contraire séparer, voire opposer.

Liberté des actes, dignité des personnes
Le libéralisme est un personnalisme, il prend pour racine la liberté de chaque être humain de définir ses propres fins, de rechercher son plein épanouissement. La voie de ce progrès n’est pas tracée d’avance, il la faut découvrir par un processus permanent d’essais et d’erreurs. Il est donc nécessaire de reconnaître ce que chacun a en propre, et la propriété est le complément incontournable de la liberté : « L’homme naît propriétaire » dit Bastiat. Etre propriétaire c’est être responsable, répondre de ses actes. Pas de liberté sans responsabilité. Sans doute l’exercice de la liberté est-il difficile, et l’usage de la liberté peut-il se faire au détriment des autres, ou même de soi-même. Donc la liberté n’est pas une fin en soi, mais le moyen de parvenir à ses fins. C’est la dignité des personnes qui est derrière la liberté, mais qui la précède aussi, montrant le chemin du bien et du beau, de l’harmonie et de la paix. Les toutes premières pétitions pour la liberté, depuis Antigone jusqu’à Locke, en passant par Saint Thomas d’Aquin, sont apparues pour affirmer les droits imprescriptibles de l’être humain. Ces droits naturels comprennent la vie, la liberté et la propriété.

L’état de droit et l’ordre social spontané
La vie en société s’organise suivant des règles qui permettent à chacun d’entretenir avec les autres des relations de compréhension et de respect mutuel. Ces règles ne peuvent être créées par des législateurs en quête d’une société parfaite, elles sont le produit d’une longue pratique sociale, qui a progressivement sélectionné des mœurs qui apportent davantage de satisfactions, minimisent les conflits et développent les complémentarités. Ces règles, nées d’un ordre spontané (né de personne et de tout le monde), constituent le droit. Tout le monde s’y soumet sans être l’esclave de quiconque. La coercition est réduite à son minimum dans une société de libertés, nul ne pouvant être forcé d’agir contre sa volonté, sauf s’il y a volonté de menacer la vie, la liberté et la propriété des autres. Le pouvoir de contrainte n’appartient qu’à une minorité acceptée pour exercer cette mission, en principe par une procédure de vote (démocratie). Cette minorité est elle-même soumise au droit, et elle n’intervient dans les relations sociales qu’à titre subsidiaire. En effet le libéralisme implique la préférence pour le contrat, pour le libre échange entre personnes et groupes. A travers l’échange, les hommes accroissent leur savoir, développent des complémentarités et apprennent à se connaître et à se respecter. Plus l’espace des échanges s’élargit, plus s’impose le respect des institutions, règles qui permettent de réduire l’incertitude sur le comportement des autres.

L’homme créateur, serviteur et pécheur
Pour que les droits naturels et individuels soient respectés, pour que règnent le droit, la subsidiarité et l’échange, il faut accepter une vision particulière de l’homme, de sa nature. L’homme auquel se réfère implicitement le libéralisme est d’abord un créateur : il est capable de prendre des initiatives, de « dominer la terre », d’exprimer sa personnalité à travers son œuvre, son projet. Ici se comprend la faillite des systèmes totalitaires et collectivistes, qui ignorent la créativité humaine et prétendent décider et entreprendre « d’en haut ». Ils brisent la personnalité en supprimant ou réduisant propriété et responsabilité. L’homme des libéraux est encore un serviteur. Car son initiative et son œuvre ne prennent de sens que s’ils sont utiles à d’autres, s’ils sont destinés à l’échange, marchand ou communautaire. L’homme apprend qu’il ne peut réaliser son projet, et se réaliser lui-même, qu’à travers les autres, avec les autres, parce que ses capacités et ses besoins doivent impérativement se rencontrer avec ceux des autres. Il n’y a rien de plus extraverti que le marché, qui ne peut exister que par l’échange de services. L’entrepreneur ne peut réussir qu’en étant attentif au marché, en se mettant au service de la communauté. « Le marché est découverte des autres » dit Israël Kirzner. Certes, les défaillances sont aussi le propre de l’homme. Le péché, c’est l’oubli de sa dignité, c’est l’oubli des autres. L’homme n’est pas un être parfait, mais il est perfectible, disait encore Bastiat. Les erreurs sont commises, mais l’homme a une aptitude à en tirer les leçons, c’est sa raison qui l’éclaire, c’est aussi parfois sa foi qui le guide. Sa liberté met sa responsabilité en jeu. Par contraste, les constructivistes veulent créer la société parfaite. Ou bien ils pensent que l’homme est parfait – ce qui est pure utopie – ou bien ils estiment qu’ils doivent bâtir des hommes parfaits, le fameux « homme nouveau » des totalitaires, l’homme créé par la science avec l’appui de la police. Le libéralisme impose à nos esprits cette image particulière de l’homme : un homme « humain », simplement humain. Le libéralisme est un pari sur l’homme. Par contraste, les socialistes et étatistes sont pessimistes sur la nature des hommes, qui auraient besoin d’une élite éclairée pour leur montrer le chemin du progrès et leur dicter leur mode de vie. Le libéralisme implique une « société de confiance » (Peyrefitte). La crise que nous vivons est peut-être simplement une crise de confiance : les hommes se méfient des hommes, ils ne croient plus à l’harmonie, ils sont obsédés par « le choc des civilisations ». A ce compte, le choc ne manquerait pas de se produire.

Mais la liberté vaincra, parce que l’on ne freine pas impunément ni longuement le mouvement qui porte l’homme, conformément à sa vocation, vers ce qui l’élève et lui donne sa pleine dignité. Prôner le libéralisme, c’est aider les hommes à se libérer des chaînes du doute, de la crainte et de la violence. « N’ayez pas peur » (Jean Paul II). Écrit par Jacques Garello. Publié en collaboration avec Libres.org

 

 


 

Le libéralisme nous condamne à l’incertitude

Les arguments ne manquent pas pour soutenir que le libéralisme détruit tout espoir, obscurcit tout avenir, et condamne les êtres humains à la précarité. Il y a d’abord l’application fidèle de la pensée de Marx au monde contemporain. Ecoutons Pierre Bourdieu « La précarité affecte profondément celui ou celle qui la subit ; en rendant tout l’avenir incertain, elle interdit toute anticipation rationnelle et, en particulier, ce minimum de croyance et d’espérance en l’avenir qu’il faut avoir pour se révolter, surtout collectivement, contre le présent, même le plus intolérable ». Cette précarité n’est pas le produit du mauvais fonctionnement du marché et de la répétition des crises du capitalisme. Il est voulu par le système libéral lui-même, comme un moyen de tenir en esclavage la classe des exploités. Il y a ensuite ceux qui, à l’image de Schumpeter et de Knight, lient la prospérité et le risque. Le niveau de vie s’est élevé au point que l’aversion pour le risque deviendrait très forte. Risquer serait le propre des gens qui n’ont rien à perdre. Aujourd’hui tout le monde veut se rassurer, être assuré. Il y a encore ceux qui pensent que la société contemporaine, fruit du libéralisme, pousse les êtres humains vers leurs dernières limites, on leur demande d’aller trop vite, d’aller trop loin. Cette instabilité est insupportable, elle condamne les individus à une existence grégaire « La termitière humaine m’épouvante » disait Saint Exupéry. Il y a enfin ceux qui pensent que la liberté est une vertu pour ceux qui savent l’assumer, pour les caractères bien trempés et les personnes bien éduquées, mais qu’elle laisse sur le bord du chemin les plus faibles, les moins doués : la liberté oublie la solidarité.
Ces divers arguments peuvent se conjuguer pour condamner le libéralisme au nom de la morale et de la justice.
Sécurité des situations ou sécurité des règles ? Il est vrai que dans le monde actuel les conditions de vie d’un individu ou d’une famille peuvent changer très rapidement. Cette instabilité tranche avec la vie paisible que pouvaient connaître nos ancêtres il y a seulement deux siècles. Mais l’accepterions-nous aujourd’hui ? L’espérance de vie était très courte, la mortalité infantile très élevée, la santé chancelante, l’instruction et l’éducation très faibles. Peut-être plus d’esprit de partage, mais pas grand chose à partager. Le changement accompagne naturellement le développement, qui lui-même n’a été possible que par le passage à la « société ouverte». Quand s’élargit l’espace des relations entre hommes, la connaissance des autres ne peut plus être personnelle, et les différences de situation, ainsi que leur évolution, deviennent considérables. Cette incertitude sur les personnes et leurs situations a pour contrepoids nécessaire la sécurité des règles. Les institutions se sont affinées, qui permettent de réduire au minimum l’incertitude de chacun sur le comportement des autres. Je ne connais pas celui qui a passé contrat avec moi, mais la règle du contrat minimise l’incertitude que je peux avoir sur son comportement. De même le droit de propriété m’apporte la sécurité de la jouissance du fruit de mon activité. La sécurité des règles permet de gérer l’insécurité des situations. L’assurance contre la précarité La rançon du changement peut être lourde pour certains. Elle peut s’appeler chômage, faillite, déracinement, reconversion, voire maladies et souffrances. Mais il est frappant d’observer que ce sont dans les pays, les époques et les activités où il y a le plus de liberté que l’on a le moins d’incertitude sur l’avenir. C’est le refus du changement qui crée l’incertitude, et pas le changement.
Il y a d’ailleurs des pare-feux efficaces contre l’incertitude. D’une part les techniques de l’assurance financière (qui est la forme la plus élaborée de la mutualisation des risques) se sont développées. L’allongement de la durée de vie, la rentabilité des investissements à long terme, permettent de financer les projets personnels et de se couvrir contre le plus grand nombre de risques. Il est paradoxal de critiquer le capitalisme au prétexte qu’il empêche toute prévision à long terme, alors que par définition le capitalisme est né (bien avant Marx) de la volonté d’oser spéculer sur l’avenir, de se libérer du poids du présent. La capitalisation signifie la confiance dans l’avenir. Si aujourd’hui l’avenir s’assombrit, c’est que le capitalisme a été galvaudé, dégradé par les interventions de l’Etat Providence. D’autre part, une autre assurance, non financière celle-ci, prouve aujourd’hui son efficacité : c’est la constitution et l’entretien du capital humain. En portant un soin particulier à l’éducation et à la santé des enfants, en donnant aux jeunes des qualifications supérieures et une aptitude au changement, en pratiquant une adaptation permanente des tâches et des responsabilités, on est sûr que les aléas de la vie seront plus facilement absorbés. Aujourd’hui Gary Becker a démontré l’importance de cet « investissement en capital humain ». En revanche on travestit la vérité en appelant précarité ce qui devrait s’appeler apprentissage, adaptation, découverte. La vie est une aventure Ainsi, en fin de compte, il appartient à chaque personne de « mener sa vie ». Le refus de l’incertain, c’est le refus de la vie parce que la vie est incertitude, parce que l’être humain est lui-même incertitude, et que la société dans laquelle nous vivons ne peut nous apporter pour sécurité que celle des règles et de leur respect. Quel est d’ailleurs l’alternative proposée par les théoriciens de la précarité ? Pour les marxistes c’est la révolution, mais on a vu les certitudes qu’ont apportées les régimes communistes. Pour les étatistes de tous bords, c’est la prise en mains par le pouvoir politique de l’avenir de chacun, du berceau à la tombe. C’est finalement la perte totale de la liberté. Dans les sociétés utopistes, tout est planifié, tout est scientifiquement organisé pour que personne ne coure le risque de la misère, du chômage, de la maladie. Ces utopies nous font aujourd’hui payer une rançon qui est bien plus réelle et bien plus lourde que celle dont nous menacerait le libéralisme.
Quant à la défense des faibles et des opprimés, elle commence par l’état de droit, et elle s’exerce par la solidarité volontaire, qui a pour cadres les familles, les communautés, les voisinages. Le libéralisme c’est aussi l’entraide : philanthropie et redistribution volontaires ont fait, et font encore, des miracles. Le libéralisme continuera à en faire si les étatistes veulent bien cesser de penser qu’ils ont le monopole du cœur, alors qu’ils n’ont que le monopole de la violence. Ils prétendent aussi garantir le présent et préparer l’avenir, alors qu’ils naviguent à vue, les yeux rivés sur le calendrier électoral. Écrit par Jacques Garello. Publié en collaboration avec Libres.org

 

 



 

Dimension morale du libéralisme

Le libéralisme détruit la foi

Un croyant peut-il être libéral ? Beaucoup de personnes s’arrêtent aux portes du libéralisme quand il devient libéralisme philosophique. D’accord pour le libéralisme économique, le marché et la propriété, d’accord pour le libéralisme politique, l’état de droit et la démocratie, mais pas d’accord pour le libéralisme philosophique : il combat la religion et conduit au relativisme.

Libéralisme, religion et vérité

La condamnation du libéralisme philosophique par le Pape Pie IX en 1864 (dans l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus) hante l’esprit de beaucoup de catholiques. Mais de quel libéralisme s’agit-il ? A n’en pas douter, Pie IX a visé certains philosophes des Lumières et la Libre Pensée maçonnique fortement anti-religieuse et anti-cléricale. Dans cette mouvance intellectuelle, l’homme est libre quand il se dégage de Dieu, ou du moins du Dieu révélé et ressuscité qui fonde le christianisme ; à plus forte raison l’homme doit-il se libérer de l’Eglise catholique.

Mais l’attaque contre le libéralisme philosophique ne vient pas que des catholiques. On la trouve chez Tocqueville (qui passe pour libéral) dans sa critique de l’individualisme : la liberté politique est un bienfait, mais elle débride un individualisme forcené qui donne à chacun l’illusion qu’il connaît tout et détient sa propre vérité.
Ce relativisme est poussé à l’extrême chez les « post-modernes » : il n’existe pas de vérité, ni même d’évolution, parce que seul existe l’instant présent, de sorte que les individus et les groupes se régénèrent et se restructurent en permanence. Plus rien ne dure, plus aucun principe ne prévaut.

Libéral-libertaire ?

Daniel Cohn Bendit s’est défini comme un « libéral libertaire ». C’est réellement faire injure au libéralisme que de le réduire à la liberté pour chacun de faire n’importe quoi. C’est ignorer le libéralisme que d’en faire la libération de tout lien, de toute moralité.
Le libéralisme est individualisme dans la mesure où il professe que chaque être humain est responsable de ses actes, notamment vis-à-vis des autres. La responsabilité est indissociable de la liberté. La liberté n’est pas la permissivité, puisque la liberté des uns est limitée par le respect de la liberté des autres. Le libéralisme sans le droit, sans la règle sociale, n’existe pas, les textes de Hayek, Bruno Leoni, sont sans ambiguïté là-dessus. Les libéraux s’inquiètent seulement de la façon dont la règle sociale émerge : est-ce par décret du pouvoir politique (ordre créé) ou est-ce par l’expérience vécue qui révèle ce qui est favorable ou nuisible à la nature de l’homme et à l’harmonie sociale (ordre spontané) ?

Le libéral n’est donc ni un libertaire, ni un libertin. Et Cohn Bendit caricature volontairement le libéralisme en s’en réclamant.

Où est la vérité ?

Vieille question qui hante l’esprit humain. Une réponse est celle du relativisme : à chacun sa vérité. Le Pape Benoît XVI a fait du relativisme sa cible prioritaire. Un croyant ne peut pas admettre qu’il existe plusieurs vérités. Jésus l’a dit : « Je suis la Vérité ».
Pour le croyant, si Dieu est Vérité, cela ne signifie pas qu’il maîtrise et accepte fidèlement cette vérité. Il ne la maîtrise pas : seul Dieu connaît la vérité. L’arbre dont les fruits ne devaient pas être cueillis dans le Paradis Terrestre s’appelait « arbre de vérité », il marquait la différence entre la connaissance universelle et l’information parfaite, auxquelles aucun esprit humain ne peut accéder, et les bribes de vérité que l’être humain peut découvrir par sa raison, ou avec l’aide de la grâce divine.

En d’autres termes, le croyant est en recherche de vérité parce qu’il est en recherche de Dieu, et toute sa vie est animée par la tension vers Lui, sans jamais y parvenir totalement. Cette incomplétude, cette imperfection de la nature humaine mesurent la distance à Dieu et le péché originel, péché d’orgueil, n’est autre que la négation de cette distance.
Rien dans la religion chrétienne, et surtout catholique, n’oppose la vérité et la liberté. La liberté de l’homme est de chercher la vérité, sachant que la vérité est en Dieu et dans le message d’espérance et de charité que le Christ nous a laissé dans l’Evangile. Foi, espérance et charité.

Aussi n’est-il pas surprenant que des philosophes catholiques se soient employés à conjuguer catholicisme et libéralisme. Au XXème siècle on retiendra Jacques Maritain, mais surtout Maurice Blondel (dans L’action) pour qui la liberté est ce qui permet à l’homme de « rester fidèle à son élan », de poursuivre le chemin qui le mène à la vérité, qui le mène à Dieu. Ce chemin n’est ni intellectuel ni même spirituel : il est vécu dans les actes de la vie quotidienne.

La Vérité est une, la recherche de la vérité est personnelle et plurielle.

La foi et la liberté

Même s’ils sont éclairés par la foi religieuse, les croyants catholiques ne sont pas les seuls à rechercher la vérité. Par nature l’homme est un insatisfait, il est en quête de progrès et de perfection. Séparer la foi et la liberté signifie que cette quête est aveugle, purement circonstancielle.

Sans doute certains évènements sont-ils de nature à éclairer une vie et à lui donner un sens nouveau. Mais peut-on progresser sans repère, sans référence ? La liberté implique au minimum le choix entre deux actions, entre deux vies. Le choix existe-t-il quand il y a indifférence, quand le bien et le mal, le beau et le laid, n’ont pas de sens, pas de hiérarchie ? L’éthique et l’esthétique impliquent une foi, dans le Bien, dans le Beau. Aristote le pressentait déjà dans son « Ethique à Nicomaque » : pour accéder au souverain bien et au bien commun, il faut des vertus comme la justice, l’amitié, la prudence. Autant de repères pour l’homme libre.

Ainsi l’être humain ne peut-il conduire sans vie sans croire à quelque vérité, sans avoir foi en quelque chose.
Une telle approche est évidemment niée par les nihilistes et les post-modernes, pour lesquels tout change en permanence, et rien ne vaut. Mais où est la liberté de l’homme qui ne trouve aucune valeur à sa mesure, autre que l’instant ? L’homme libre peut-il être prisonnier du temps ? Les partisans du faux libéralisme ont cru trouver la liberté dans l’affranchissement de toute valeur, de toute référence. Le vrai libéralisme, celui qui mérite d’être connu, servi et vécu, est celui qui conjugue foi et liberté.

Écrit par Jacques Garello. Publié en collaboration avec Libres.org

 

 


 

 

Libéralisme, argent et corruption

Le sale argent, l’argent sale

La condamnation morale de l’argent est aussi vieille que l’argent lui-même. « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. (§ Matthieu 6:24). ». Ici argent signifie possession, culte de la richesse, matérialisme, et autres vices qui se proposent aux choix de l’homme libre. Il aura fallu le 20ème siècle pour que la condamnation de l’argent devienne aussi condamnation du capitalisme et du libéralisme, comme chez Anatole France « L'argent est devenu honorable. C'est notre unique noblesse. Et nous n'avons détruit les autres que pour mettre à la place cette noblesse la plus oppressive la plus insolente et la plus puissante de toutes. » Le lien est évident : le libéralisme économique qui imprègne le capitalisme débouche sur la croissance, c'est-à-dire la multiplication des richesses. Si les richesses sont immorales, libéralisme et capitalisme le sont aussi.

Cette condamnation s’est alourdie avec la pratique de l’argent sale. Un film récent porte ce titre, avec pour sous-titre : poison de la finance. C’est le commerce de l’argent lui-même (la finance) qui devient suspect parce qu’il abrite des mouvements d’argent de source illégale et immorale, comme la drogue ou la corruption. Par extension, la corruption devient un attribut du libéralisme. Dans le film en question, la corruption est associée à la mondialisation : plus de frontière pour la mafia (commentaire habituel après la tuerie de Dusseldorf le 15 août dernier). La corruption est aussi au cœur de la lutte contre les paradis fiscaux, ouverte depuis quelques années.

La corruption dans la vie économique

Il ne fait aucun doute qu’un certain nombre de scandales défraient la chronique économique chaque jour. Hier on apprenait que des joueurs de handball perdaient des matchs pour gagner des paris. Cet hiver, la Barclays Bank a été amenée à s’excuser (et son directeur à démissionner) parce que certains de ses « traders » avaient trafique le taux Libor (taux d’intérêt pratiqué à Londres qui guide un grand nombre de taux dans le monde), les malversations portant sur quelque 5.000 milliards de dollars. Il y a huit ans, la société Enron a volé ses salariés en dilapidant l’argent de leurs retraites. Et le système « Madoff » a ruiné des centaines de milliers de personnes : les fonds confiés à ce financier véreux avaient une rentabilité élevée parce qu’ils étaient remboursés sur les sommes nouvelles collectées mais il n’y avait aucune réserve ni aucun actif chez Madoff (« la chaîne de Ponzi »). Toutes ces malversations sont évidemment une tare dans un système de liberté économique, mais elles sont inévitables compte tenu de la nature humaine. C’est la rançon de toute liberté : des gens malhonnêtes peuvent en abuser et léser les autres. Ce n’est pas le libéralisme économique qui est en cause, c’est la nature humaine « Si tous les hommes étaient des anges, le gouvernement ne serait pas nécessaire », disait James Madison, l’un des pères fondateurs de la démocratie américaine. Madison exprimait ainsi la nécessaire intervention de l’Etat pour garantir la liberté et la sécurité. Ce rôle subsidiaire d’un Etat gendarme, chargé d’utiliser la force publique pour moraliser les immoraux, les malhonnêtes et les voleurs, est-il correctement assumé aujourd’hui ? La « mesure » de la corruption

En fait, la corruption telle qu’on l’observe aujourd’hui échappe à la vigilance des Etats. Mieux : elle prend source et appui dans le pouvoir politique. C’en est au point que les définitions officielles de la corruption associent corruption et pouvoir politique : « la corruption consiste en l’abus d'un pouvoir reçu en délégation à des fins privées » dit Transparency International. Le Conseil de l’Europe est encore plus précis, en parlant de « l'utilisation et l'abus du pouvoir public à des fins privées ».

Les affaires les plus connues de corruption tournent autour du pouvoir politique, du financement des partis, de l’enrichissement personnel des gouvernants et chefs d’Etat. En France, cette année les ventes d’armes au Pakistan (attentat de Karachi) et le financement de la campagne de 2007 (Bettencourt) ont tenu la vedette. Mais la situation dans notre pays n’est pas la pire. Transparency International publie chaque année un « indice de perception de la corruption ». Dans les 178 pays étudiés, les trois quarts sont « perçus » comme gravement corrompus. Les 10 pays les moins corrompus sont le Danemark, la Nouvelle Zélande, Singapour, la Suède, le Canada, les Pays Bas, l’Australie, la Suisse et la Norvège et en queue de classement on trouve la Somalie, la Birmanie, l’Afghanistan, l’Irak, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Soudan, le Tchad, le Burundi et la Guinée. La Russie est un haut lieu de la corruption (154ème). Les Etats-Unis sont en 22ème position et la France en 25ème. Quand le gendarme devient voleur

La géographie de la corruption démontre une forte corrélation entre dictature politique et corruption. Ce sont les pays où le pouvoir de l’Etat est le plus fort, le plus concentré, qui sont les plus atteints. Lord Acton est l’auteur de la célèbre formule : « Tout pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Même dans les démocraties occidentales, l’Etat Providence est la source d’une corruption permanente et généralisée. Quand le secteur public représente une moitié de l’activité nationale, les marchés publics sont déterminants pour les entreprises. Quand la réglementation rend difficile voire arbitraire l’exercice d’une profession, les démarches, les pressions occultes et les enveloppes se multiplient. La loi Royer sur l’implantation des grandes surfaces a été pendant longtemps la première source de financement des partis politiques français. Quand le marché est bloqué par les administrations et quand les pénuries apparaissent, le marché noir se développe. Quand il faut l’accord d’un fonctionnaire pour les actes de la vie courante, le bakchich est de droit. Et s’il n’y avait pas d’enfers fiscaux, il n’y aurait pas de paradis fiscaux.

On ne peut pas non plus sous-estimer l’importance du favoritisme, du népotisme et du communautarisme. Dans beaucoup de pays, appartenir à un clan, avoir des relations, sont des modes d’enrichissement plus efficaces que l’entreprise, le mérite ou le travail. Aux Etats-Unis, l’administration fédérale, surtout depuis Barack Obama, se trouve entre les mains de personnes avec lesquelles et entre lesquelles on peut faire du business. La corruption est le fruit de ce que l’on appelle «  crowny capitalism », un système qui assoit le succès des affaires sur les relations que les dirigeants d’entreprises entretiennent avec le gouvernement. Hélas ceux qui à juste titre méprisent et dénoncent la corruption se trompent souvent d’adresse : ce n’est pas le libéralisme qui est en cause mais, une fois de plus, le poids de l’Etat, allant parfois jusqu’à la dictature politique, qui est aussi dictature de l’argent. Écrit par Jacques Garello. Publié en collaboration avec Libres.org

 

 


 

La concentration dans une économie de marché

Les gros mangent les petits

Le libéralisme permet aux entreprises à la recherche du profit de se développer. Mais elles sont diverses et inégales et une sélection impitoyable va s’opérer au profit de celles qui atteindront une taille supérieure. La concentration, appelle la disparition des artisans, des petites et moyennes entreprises, au bénéfice de grands groupes incontrôlés, qui eux-mêmes vont contrôler la société, au détriment de la liberté individuelle : la libre entreprise aura paradoxalement tué la liberté. Pourquoi la concentration ?

La thèse de la concentration remonte à une idée de Marx, lui-même héritier de quelques économistes classiques anglais – dont Malthus et Ricardo. Mais au 20ème siècle, dans les années 1930, après la Grande Dépression, Joseph Schumpeter prédit la fin du capitalisme et la marche inéluctable au socialisme.

Au cœur de la thèse : les « économies d’échelle ». Quand une entreprise réussit à produire un plus grand nombre de produits, les coûts unitaires vont diminuer parce que les frais fixes (équipement, bâtiments, administration) vont être répartis sur une quantité plus élevée.

La grande entreprise manageriale

La concentration n’aurait pas seulement pour effet d’accroître la compétitivité au point d’éliminer progressivement les concurrents de moindre taille. Schumpeter soutient que le passage à la grande entreprise modifie son mode de fonctionnement. Alors que l’entrepreneur « manchestérien », artisan de la révolution industrielle à la fin du 18ème siècle, était à la tête d’une entreprise à taille humaine, les grandes sociétés sont gouvernées par des directeurs, des « managers » qui ne sont plus sous le contrôle des propriétaires de l’entreprise.

Les petits actionnaires n’ayant pas l’information nécessaire pour sanctionner les erreurs de gestion, il y a irresponsabilité des managers, le pouvoir au sein des grands groupes échappe aux propriétaires. De même que les armées étaient conduites jadis par de grands capitaines, elles sont aujourd’hui menées par des états-majors anonymes. Galbraith ira plus loin : dans cette nouvelle « ère des directeurs » (Burnham), la vie en société s’organise entre cellules sociales géantes ; aux grandes entreprises correspondent les grandes administrations, les grands syndicats, tous ces corps sociaux étant entre les mains d’une classe dominante. Dans « le nouvel état industriel », la concentration s’opère entre grandes organisations concentrées, et cette évolution rapproche l’Est et l’Ouest : URSS et USA convergent.

Small is beautiful

A cette heure le phénomène de concentration généralisée ne s’est pas produit. Tout au contraire, on a vu des géants de l’industrie disparaître à la fin du 20ème siècle et le développement des petites et moyennes entreprises a été à la base de la poussée de croissance vécue depuis lors. Aux Etats Unis, au cours des vingt dernières années, 30 millions d’emplois ont été créés dans 9 millions d’entreprises de faible taille.

La première erreur de Marx, Schumpeter et les autres a été de sous-estimer les coûts de la grande entreprise : les problèmes de relations humaines y sont bien plus compliqués, l’information y circule moins bien, enfin les frais fixes ne sont pas aussi faibles que le prétend l’analyse classique. D’ailleurs, beaucoup de « grands » groupes ont volontairement éclaté et décentralisé leurs structures, on y a inventé le concept de « centres de profits » et un véritable marché s’est installé au cœur de l’entreprise naguère organisée sur une base purement hiérarchique.

La concentration, une affaire industrielle

La deuxième erreur a été de voir la réalité économique à travers la seule activité industrielle. Il est vrai que les « économies d’échelle » existent dans quelques industries, où il faut des investissements de départ très élevés pour être compétitifs (industrie chimique et certaines industries mécaniques). Mais l’industrie ne tient plus qu’une place résiduelle dans la production globale et ce sont les services qui représentent aujourd’hui les 80% de la production et des échanges. Or, les frais fixes y sont très faibles par rapport aux frais variables (comme les salaires) et la proximité et la connaissance de la clientèle s’accommodent mieux d’entreprises souples et adaptables, de faible taille.

Too big to fail

En sens inverse, la récente crise financière a montré que les grandes banques semblent intouchables : elles ont atteint une taille si importante qu’elles ne pourraient plus faire faillite sans entraîner un cataclysme économique. Elles ont été déclarées « trop grosses pour faire faillite ». Moyennant quoi les Etats, c'est-à-dire les contribuables, ont été priés de mettre la main à la poche pour sauver ces établissements bancaires.
Parallèlement, les Etats ont soutenu de grandes entreprises du secteur automobile en difficulté. Les grands groupes, objets pourtant de vives critiques – notamment sur les salaires de leurs dirigeants – se sont trouvés ainsi en situation d’impunité. L’irresponsabilité est devenue la règle.

La gouvernance suppose un libre marché financier

Mais il en a été ainsi par l’effet de l’interventionnisme. La logique n’est pas économique, mais politique. Il y a eu disparition de la « gouvernance », c'est-à-dire corruption du contrôle de l’entreprise par ses actionnaires.

Henry Manne, inventeur du concept de « gouvernance », a rappelé que si les actionnaires n’ont pas souvent de pouvoir en assemblée générale, ils ont toujours la possibilité de vendre leurs actions. Quand les cours s’effondrent, une Offre Publique d’Achat pourra survenir. Alors l’entreprise sera reprise par une meilleure équipe de gestion. Les managers des grandes compagnies ne sont pas irresponsables quand existe un véritable marché financier, où s’échangent les titres de propriété (comme la Bourse par exemple).

A l’inverse, le système de contrôle par le marché financier devient inefficace quand des entreprises en péril continuent à fonctionner n’importe comment, parce qu’elles sont cautionnées ou aidées par l’Etat.

C’est souvent le cas des entreprises publiques liées à l’Etat, dont le « sauvetage » peut ruiner des concurrents de taille moindre et infligent une charge aux contribuables, dont les sociétés réalisant du profit. Il y a bien exploitation des petits par les gros, mais cela n’a rien à voir avec le libéralisme.

La taille optimale

De façon générale, il n’y a aucune indication véritable sur ce que peut être la taille optimale d’une entreprise dans un secteur donné. La taille est affaire de techniques, d’organisation, de la nature des produits et services. Or, tout cela est appelé à évoluer.
Un nouveau tourisme draine les clients vers de petits hôtels de province, mais les chaînes n’ont pas disparu. Les compagnies aériennes, très concentrées il y a quarante ans avec quelques « majors », sont aujourd’hui éclatées en de très nombreuses petites compagnies.

Les « start up » démontrent que de petites entreprises peuvent se développer en peu de temps et avoir des performances surprenantes.

La liberté ne se mesure pas aux résultats (combien d’entreprises, de quelle taille) mais aux procédures (la concurrence est-elle réelle et protégée, ou faussée par des interventions ?). Dans une société de libertés, il y a de la place pour les petits comme pour les gros.

Écrit par Jacques Garello. Publié en collaboration avec Libres.org

 

 


 

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