ISRAEL KIRZNER - 1930

L’économie est déséquilibre

Figure emblématique de l’école « autrichienne », ce professeur à l’Université de New York a développé l’idée de son maître Mises : l’économie est déséquilibre. Alors que tous les néo-classiques se sont épuisés (en vain) à expliquer comment naissait l’équilibre économique, et la plupart du temps l’équilibre macro-économique, Kirzner part du principe que, tout comme la vie, l’économie est déséquilibre. L’action humaine est évolution permanente, parce que les agents économiques

MILTON FRIEDMAN - 1912-2006

Le monétarisme de l’école de Chicago

« L’anti-Keynes » : ainsi a-t-on qualifié Milton Friedman, bien que Keynes ait été contesté dès les années 1930 par l’école autrichienne. Mais les coups portés par Friedman seront d’autant plus mortels qu’ils viennent du sérail de l’Université de Chicago, où la macro-économie keynésienne était plutôt à la mode dans les années 1940. D’ailleurs Friedman,

GARY BECKER - 1930

Voir la vie comme un économiste

Ce thème de l’allocution prononcée lorsqu’il fut honoré du prix Nobel d’économie (1992) résume l’originalité de Gary Becker. A la différence de la plupart des néo-classiques de l’école de Chicago à laquelle il appartient, Gary Becker ne propose pas un modèle d’homo oeconomicus stéréotypé. Quand il parle d’un décideur rationnel, cela ne veut pas dire qu’il fonctionne de façon mécanique, mais qu’il prend sa décision en mesurant avantages et inconvénients. Certes il n’a pas une information parfaite sur le pour et le contre, mais au moment où il choisit il ne peut s’empêcher de mettre en balance ce qui lui en coûtera et ce qui lui portera profit. C’est cela qui est « voir la vie comme un économiste ».

L’intérêt de l’œuvre de Becker est de montrer que cette rationalité s’applique dans la plupart des décisions, quelles que soient leur objet. Economie du crime : quelle est pour le criminel la probabilité d’être arrêté, condamné et d’exécuter sa peine et le crime est-il « payant » ? Economie de la fertilité : le travail de la femme et les coûts de l’éducation dissuadent-ils les époux d’avoir des enfants ? Economie de la nuptialité : quel avantage y a-t-il à passer devant le maire plutôt qu’à vivre en union libre ? Ces exemples sont frappants, et pourraient peut-être choquer. Mais Gary Becker essaie simplement de nous aider à comprendre comment se comportent la plupart des gens.

Le rôle de l’information et du temps

Dans son analyse du comportement du consommateur Gary Becker va faire un pas supplémentaire. Il s’interroge : pourquoi parler de « consommation » et de « biens de consommation » ? Comme Frédéric Bastiat l’avait établi, Becker rappelle que l’objet des échanges n’est autre que les services de nature à satisfaire des individus différents. Le « produit » que l’on achète est en fait un bien de production : il nous procure les services qu’on en attend. Un réfrigérateur est une machine à nous donner le froid. Un produit est ainsi un panier de caractéristiques ; la voiture est vitesse, sécurité, économie, loisir, statut social, etc. Chaque consommateur retiendra celle des caractéristiques qui lui semble prioritaire : Becker ne nie pas la subjectivité des choix. Parmi ces caractéristiques, deux semblent retenir une attention particulière : le temps et l’information. Les deux sont liées d’ailleurs : être informé prend du temps. Préférence sera donnée aux produits qui font gagner du temps, et pour lesquels l’information suffisante sera obtenue dans les moindres délais. Cela explique évidemment le succès des fastfoods, des surgelés, ou de la publicité. La concurrence joue ici un rôle déterminant, car elle élargit l’information et permet les comparaisons. Le libre choix suppose la pluralité : « free to choose » disait son maître et ami Milton Friedman.

Le capital humain, variable décisive du progrès

L’appréhension de l’information et la mesure du temps dépendent des qualités personnelles du décideur. Totalement ignorant, le décideur aura des revenus faibles et du temps à perdre. En revanche investir dans la connaissance et l’éducation est une manière d’élargir les choix et d’améliorer leur qualité. A la différence de la plupart des néo-classiques qui lient la croissance à la quantité de travail ou de capital (financier) Becker fait du capital humain la variable décisive du progrès. Du progrès personnel : investir dans les études permet à l’individu d’épanouir ses talents, et investir dans les enfants permet aux parents d’aider leurs enfants mais aussi de se préparer un troisième âge plus serein. Du progrès national : ce sont les pays qui constituent et mettent en valeur le plus grand capital humain qui se développent le plus vite. Aujourd’hui Gary Becker soutient que la meilleure façon de sortir les peuples de la misère est d’offrir aux jeunes la santé, l’enseignement, le sens de l’initiative qui leur permettront de devenir des artisans de la croissance. Becker pense que la famille est un élément indispensable pour accumuler ce capital humain si précieux. Ouverture d’esprit et ouverture de l’espace (concurrence) sont les pré-conditions du démarrage économique.

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JAMES BUCHANAN - 1919

Pourquoi la croissance de l’Etat ?

Au début du 20ème siècle, Adolph Wagner avait formulé une « loi économique » : les dépenses publiques occupent une proportion croissante du produit national. Une nation plus civilisée appelle un Etat plus dispendieux. Mais l’explication de la loi par « la civilisation » ou par les « défaillances du marché » paraît faible. James Buchanan va expliquer le mystère : si l’Etat dépense de plus en plus, c’est qu’il y a des gens qui ont intérêt à ces dépenses. James Buchanan, un siècle après Frédéric Bastiat, va donc s’interroger sur la logique du comportement de ceux qui prennent les décisions publiques : il crée ainsi l’école du « public choice », ce qui lui vaudra le prix Nobel en 1986.

Le miracle de l’isoloir

Buchanan commence par rejeter l’idée de « l’intérêt général ». Etudiant à Chicago, il a constaté l’échec de ces économistes qui ont cherché à définir et mesurer « l’optimum collectif » (théorème d’Arrow). Est-ce surprenant ? Le vote est-il une façon d’arriver à un consensus général ? Voici un électeur ; avant d’entrer dans le bureau de vote c’est un être égoïste, occupé de ses seuls problèmes personnels. Mais l’isoloir fait de lui un tout autre personnage : le voici citoyen, et n’ayant plus qu’un souci en tête : l’intérêt général. Il ne vote pas pour lui mais pour les autres. C’est un vrai miracle. Buchanan n’y croit pas : l’intérêt général ne peut sortir des urnes.

L’électeur médian

Ce qui est vrai pour les électeurs l’est aussi pour les candidats. A quoi pensent-ils dans leurs programmes et dans leurs politiques ? Avant tout à conquérir ou conserver le pouvoir. Avec Gordon Tullock, Buchanan va découvrir le « théorème de l’électeur médian ». Si le corps électoral se divise en deux parts (gauche/droite par exemple) le succès ne peut être assuré qu’en allant chercher des voix dans l’autre camp, d’où l’intérêt de programmes passe-partout et l’attractivité du centre. L’électeur médian est celui qui fait passer de 49,9 à 50,1% des voix. C’est sur ce personnage qu’il faut concentrer son attention : quels sont ses revenus, ses croyances, ses revendications ? De même les hommes de l’Etat sont-ils sensibles aux groupes de pression (lobbies) quand leur pression peut faire basculer la majorité.
La recherche des rentes
Dans le jeu démocratique, tout le monde se comporte ainsi suivant sa propre logique, au mieux de ses propres intérêts. Comme les électeurs, ou les groupes de pression ou les hommes politiques, la bureaucratie publique a aussi des intérêts spécifiques, qui sont d’étendre son pouvoir et ses budgets. La bureaucratie n’est pas au service du public, elle en est la maîtresse (Niskanen). Les syndicats eux-mêmes sont organisés en groupes de pression, car leurs leaders sont davantage attachés à leurs avantages qu’à la défense des syndiqués ; ce pourquoi ils sont discrédités, bien qu’ils survivent en tant qu’agents électoraux. Dans ces conditions, personne n’envisage d’un bon œil la diminution des dépenses publiques, puisque bien au contraire chacun recherche son privilège, sa « niche », sa rente (revenu sans effort).

Le contrat social constitutionnel

Le jeu de la démocratie est d’autant plus dévoyé que les règles constitutionnelles peuvent y pousser. Ces règles sont dérivées d’un « contrat social ». A la différence de Hayek qui insiste sur la sélection des règles par la pratique des relations sociales, Buchanan à l’instar de Hobbes pense que les constitutions anticipent une certaine répartition du pouvoir et des richesses dont personne ne sait a priori qui en tirera avantage ou perte (« voile d’ignorance »). Voilà pourquoi tout le monde est d’accord sur les grands principes constitutionnels qui visent la défense des libertés contre le Leviathan, l’Etat totalitaire. Mais à terme la règle constitutionnelle résiste-t-elle aux intérêts particuliers ? Le cynisme de Buchanan est pris en défaut.

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HAYEK - 1899-1992

La route de la servitude

En décembre 1943 Hayek écrit à Londres un ouvrage qui porte ce titre. En 1945, ce livre lui vaudra la célébrité : une version résumée publiée par la Sélection du Reader’s Digest sera diffusée à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde entier. La raison du succès est simple : avant même la fin de la guerre, Hayek avait eu la lucidité de voir que Hitler et Staline ont mené le même combat contre la liberté, et au nom de la même idéologie socialiste. Mais il a dénoncé aussi la dérive socialiste de l’Occident, en particulier du New Deal de Roosevelt. Ainsi Hayek sera-t-il désormais reconnu comme l’artisan de la « révolution néo-libérale » qui balaiera le socialisme keynésien et inspirera Reagan et Thatcher.

Comment éviter les crises ?

Pourtant l’analyse politique n’est que l’une des dimensions de l’œuvre d’Hayek. Economiste autrichien, il avait participé aux côtés de Mises à la critique scientifique de la planification. Sa théorie des cycles (1931, qui lui vaudra le Nobel en 1974) incrimine les manipulations monétaires des Etats dans la naissance et le traitement des crises. Elle a été largement validée par les faits, y compris dans les mois récents. Les Etats font pression sur les banques centrales pour abaisser les taux d’intérêt. Keynes n’a-t-il pas expliqué que doper le crédit était la seule façon d’éviter le chômage ? Ainsi les banques et les financiers trouvent-ils sur le marché monétaire de l’argent à bon marché qui leur permet d’accorder davantage de crédits, y compris des crédits douteux. L’écart se creuse entre le taux d’intérêt « monétaire », et le taux d’intérêt « réel », celui que rapporte l’investissement réalisé avec le crédit. On débouche alors sur le « surinvestissement » (1932) ou le « malinvestissement » (1948) dans des entreprises et des emplois sans lendemain.
Comment éviter les crises ? En 1978 Hayek donne sa solution (héritée de la théorie de Carl Menger) : se passer de banques centrales, et revenir à un système de banques privées et concurrentes.

Ordre créé et ordre spontané

Dans la Constitution de la Liberté (1960), Hayek se fait politologue et juriste pour démontrer l’importance des institutions pour l’émergence et la solidité d’une société de libertés. Ces règles sociales fournissent une information sur la façon dont devraient se conduire les gens dans leurs rapports aux autres, elles diminuent l’incertitude inévitable qui pèse sur les comportements, et permettent d’établir la confiance entre membres de la « grande société » (Popper). Il a notamment insisté sur le rôle des institutions juridiques, et en premier lieu du droit de propriété.
Mais comment naissent et évoluent les institutions, et le droit en particulier ? Le premier des trois volumes de Droit Législation et Liberté (de 1976 à 1979) établit la différence entre deux types d’ordre social. Un ordre créé est conçu et imposé par un homme, un groupe, ou une assemblée élue. Il est le pur produit de leur volonté de construire une société parfaite selon leurs plans. Par contraste un ordre spontané est celui qui épouse une évolution sociale permanente. Il n’est établi par personne, et par tout le monde à la fois. C’est en quoi il est spontané : il n’a pas d’origine précise, il est façonné par l’expérience des relations entre les hommes, à travers un processus permanent d’essais et d’erreurs. On a parlé de « darwinisme social » à ce propos.

La présomption fatale du constructivisme

La supériorité de l’ordre spontané tient à la complexité des sociétés modernes. Elles ne peuvent s’accommoder de la centralisation, car une organisation centrale ne peut saisir ni traiter toute l’information nécessaire. Les hommes ont une grande capacité à s’auto-organiser entre eux, et par contraste vouloir construire une société parfaite et imposer des règles sociales « par en haut » constitue une « présomption fatale ». C’est justement cette présomption qui domine le socialisme, et conduit à l’extension de l’Etat : sa législation n’a plus rien à voir avec le droit, elle s’abrite derrière des concepts vides de sens comme l’intérêt général, la souveraineté ou la justice sociale. Par exemple la justice sociale, dont personne ne sait rien, a pour effet immanquable de détruire la propriété et la liberté, et d’avancer sur la route de la servitude.

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