Vers un nouvel âge monétaire

Alors que le système monétaire actuel repose, de manière rigide, sur le monopole des banques centrales, sensées jouer les chefs d’orchestre, la fulgurante progression des nouvelles technologies de l’information semble bouleverser ce paysage

Le professeur Gérard Bramoullé, professeur agrégé et Docteur d’État en sciences économiques, Doyen honoraire de la Faculté d’économie appliquée à l’Université Paul Cézanne (Aix-Marseille III), est intervenu lors du séminaire Afrique & Liberté, à Grand Bassam, Côte d’Ivoire du 27 au 29 juillet 2010. Fervent libéral, membre de l’Ecole autrichienne d’économie et de la Société du Mont Pelerin, il a abordé le thème de l’ouverture monétaire en repoussant les limites ancrées dans les esprits et en présentant le nouvel âge monétaire qui se dessine grâce à l’arrivée des nouvelles technologies de l’information.

Alors que le système monétaire actuel repose, de manière rigide, sur le monopole des banques centrales, sensées jouer les chefs d’orchestre, la fulgurante progression des nouvelles technologies de l’information semble bouleverser ce paysage. Gérard Bramoullé définit le système monétaire comme un arrangement institutionnel spontané qui remonte à la nuit des temps. A l’échelle de l’histoire humaine, la monnaie est un moyen de communication et d’échange, comparable au langage, qu’Hayek qualifiait d’ordre spontané. La monnaie est, à l’origine, un arrangement entre personnes privées. Il faut attendre 1850 pour voir apparaître le monopole des Banques centrales.
Aujourd’hui, on peut raisonnablement affirmer que le système des banques centrales est condamné moralement, logiquement et pratiquement. -    En effet, moralement : l’histoire montre que le monopole des banques centrales a été établi en France à l’époque de Napoléon pour financer ses guerres puis en Angleterre pour envahir l’écosse. L’année 1850 concorde avec le début de la colonisation et relève de la même logique de domination. Il s’agit d’une tentative de mise sous tutelle d’un certain nombre d’individus. C’est en fait une conception idéologique reposant sur la domination. Gérard Bramoullé a souligné les conséquences dramatiques du système notamment à travers l’hyper-inflation qui s’est ensuivie. -    Logiquement : la monnaie est présentée comme un bien public alors que ce n’est pas vrai. La caractéristique d’un bien public est qu’il est à disposition de tout le monde. Ce n’est pas le cas de la monnaie. Celui qui détient une somme d’argent est propriétaire de son bien. Le critère de non excluabilité n’est pas applicable pour l’intermédiaire des échanges. On parle également de risque systémique. Les banques centrales serait l’assureur en dernier ressort. Cet argument ne peut justifier le monopole car il n’est pas fondé. De même que la politique monétaire. C’est l’Etat qui devrait contrôler les taux d’intérêts. En réalité, le taux d’intérêt n’est rien d’autre que le prix du temps. Ainsi,  dans les pays où la gouvernance est mauvaise et où les populations ont peur du futur, les taux sont plus élevés et cela se fait de manière naturelle sans nécessiter l’intervention de l’Etat.

-    Pratiquement : le monopole des banques centrales est devenu illusoire car le système monétaire n’est plus autarcique. Le monde est ouvert et les devises internationales viennent alimenter ces banques. On peut dire que dans ce contexte de mondialisation, en l’absente de contrôle effectif, le monopole est totalement dépassé. Les Etats perdent leur souveraineté monétaire. Notons également que techniquement, le monopole ne marche plus car les modalités de paiement ont totalement changé. L’arrivée des nouvelles technologies de l’information a révolutionné les échanges. Ce changement majeur peut être comparé au passage de la monnaie métallique à la monnaie papier Aujourd’hui, c’est celui de la monnaie papier à la monnaie électronique. Des cartes intelligentes rechargeables permettront de faire des achats. Ces technologies sont un facteur considérable de développement. Le monde monétaire de demain n’aura plus rien à voir avec le monopole étatique. Grâce à cette monnaie électronique, monnaie privée, on revient à la nature profonde de la monnaie : .l’arrangement institutionnel spontané qui est à l’origine du phénomène monétaire. C’est le desserrement de l’étau étatique qui devrait ouvrir des perspectives intéressantes. L’utilisation des nouvelles technologies de l’information a explosé en Afrique ces dernières années, ça prouve l’ouverture du continent et les possibilités immenses attachées à ces techniques. Les individus, par leur volonté d’échange, leur imagination et par leur technologie peuvent gérer seuls leur système monétaire. C’est de la subsidiarité monétaire. A quand le nouvel age monétaire ? Difficile de le prévoir avec exactitude mais la montée exponentielle du volume des ventes sur internet ces dernières années laissent présager d’un avenir proche qui risque nous surprendre.


La fin des banques centrales par Gérard Bramoullé

Le nouvel âge monétaire : l’avènement de la monnaie électronique par Gérard Bramoullé