Youpi, brûlons de l’ivoire ! Chouette, condamnons les éléphants !

Fin mai 2018, plus de 600 kilos d’ivoire ont été consciencieusement détruits à Antibes (Sud de la France). Il ne s’agissait pas d’une erreur ni d’une malveillance, mais bien d’un acte délibéré mené par le Fonds International pour la Protection des Animaux (IFAW) et par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), tout heureux de d’accomplir ici « un geste fort en faveur de la protection des éléphants », comme le relate un Monde tout frétillant.

Folklore contreproductif

Ce n’est pas la première fois que cette Organisation Non Gouvernementale Mais Presque ou que cet Office détruisent allègrement de l’ivoire en grande quantité, au prétexte de sauver des animaux : en février 2014, trois tonnes en avaient été réduites en poudre ; le 24 avril, c’était une demi-tonne qui était détruite.

Cet ivoire provient, pour une petite partie, de saisies opérées par les douanes, mais, essentiellement, il s’agit d’ivoire librement donné par des particuliers français dont le sens économique n’est, comme il se doit en France pour des raisons de morale bien comme il faut, pas très affûté. D’ailleurs, pour faire bonne mesure, tout cela se drapera aussi d’une épaisse couche de moraline bien collante que Julie Matondo, porte-parole de l’IFAW, illustre par ses propos :

Il s’agit d’empêcher que cet ivoire ne se retrouve sur le marché, car son commerce encourage le braconnage des éléphants. Nous n’avons pas besoin d’ivoire. Les éléphants, si !

Eh oui, en détruisant ainsi de l’ivoire, on va décourager le braconnage des éléphants, c’est évident ! C’est trop mignon !

L’enfer pavé de bonnes intentions

Bon, en réalité, tout ceci montre une très mauvaise compréhension des ressorts humains et de l’économie, apporte une non-solution à un problème pourtant bien identifié et montre par là une ignorance assez stupéfiante (calculée ?) de vraies solutions opérationnelles.

Le problème est relativement simple à comprendre : des chasseurs braconnent des éléphants, c’est-à-dire les chassent sans autorisation pour en prélever les défenses qu’ils revendront à prix d’or sur le marché noir.

D’une part, on ne peut que noter l’augmentation du braconnage à mesure qu’ont été mises en place, à partir de 1989, des restrictions importantes du commerce de l’ivoire dans le monde. En substance, à mesure que les contrôles mondiaux sur l’ivoire se sont fait plus stricts et les sanctions encourues plus élevées, l’ivoire est devenu plus rare et donc plus cher ce qui a encouragé l’établissement d’un marché noir lucratif et, par voie de conséquence, un braconnage plus intense.

D’autre part et pour en revenir au cas français, il suffit de quelques minutes de réflexion pour comprendre que la destruction de tonnes d’ivoire aboutit à obtenir exactement l’effet inverse de celui qu’on recherche (la diminution du braconnage).

En effet, incinérer des tonnes de produit recherché rend ce qui reste sur le marché (noir et officiel) d’autant plus rare. Notons au passage qu’il ne s’agit en rien d’une affirmation morale, mais d’un simple fait économique indubitable qui provoque donc le renchérissement de l’ivoire et la montée mécanique de ses cours. Tout aussi mécaniquement, cela rend de facto plus précieux (et donc désirable) l’ivoire qui n’est pas encore sur le marché (i.e. celui qui trottine donc dans la bouche des éléphants), ce qui, toujours mécaniquement, rend plus rentable la prise de risque des braconniers.

Autrement dit, le fait de brûler, régulièrement, des stocks d’ivoire provoque directement la hausse des cours de l’ivoire restant et incite donc de façon logique les braconniers à passer à l’action, puisque le rapport gain/risque augmente mécaniquement à chaque destruction. L’association obtient donc exactement l’effet inverse de celui officiellement recherché.

Nous sommes en face d’un problème évident de ressources rares (l’ivoire des éléphants) avec une demande qui, sans être très forte, est néanmoins constante. De façon manifeste, les mesures prises jusqu’à présent, depuis l’interdiction jusqu’à la destruction des stocks en passant par la lutte plus ou moins violente contre le braconnage, n’ont pas donné de résultats probants.

Quoi faire ?

En revanche, d’autres méthodes existent et, appliquées, montreraient leur efficacité.

Tout d’abord, on peut dans un premier temps s’attacher à faire s’effondrer les cours. Suite aux accords de 1989, la prohibition n’a fait que les augmenter. Une première idée simple consiste à mettre sur le marché, aussi souvent que possible, des stocks d’ivoire (saisis ou donnés) à des prix aussi bas que possible. En répétant l’opération le plus souvent possible, on rend l’opération des braconniers économiquement idiote (puisque ce sont eux qui font les efforts pour collecter l’ivoire, se font serrer puis jeter en prison et qu’en plus, les cours s’effondrent suite à leurs efforts).

Au passage, l’argent récolté par les ventes massives peut alimenter les campagnes de dons et la solution suivante, qui consiste à privatiser les éléphants. Et alors que montent déjà les hurlements outrés des associatifs à la morale en bandoulière, rappelons que cette solution a déjà été mise en place dans différents pays (Namibie, Afrique du Sud) et que, comme dans le cas d’autres animaux (bisons puis rhinocéros), c’est déjà un succès : l’histoire du bison en Amérique du Nord est tout à fait éclairante à ce sujet.

Et concrètement, la réintroduction d’un marché sain et protégé, ça marche : le braconnage est en baisse en Afrique.

Du reste, on n’est pas à l’abri de voir deux nouvelles solutions se développer : l’une, technologique, qui permettra l’introduction sur le marché de cornes et de défenses entièrement fabriquées industriellement et indistinguable des objets naturels, ce qui fera largement chuter les prix, et l’autre, issue de la sélection naturelle (les animaux ayant des défenses ou de grandes cornes se reproduisant moins ou pas du tout, ils tendent à disparaître au profit des autres).

Une pilule  dure à avaler

Mais rassurez-vous : en attendant que ces deux dernières solutions prennent le pas, les solutions de marché proposées seront bien vite écartées car elles ont deux effets néfastes.

Le premier, c’est qu’une fois en place, les Organisations Non Gouvernementales Mais Presque se retrouveraient propulsées dans l’inutilité. C’est parfaitement insupportable (surtout pour ceux qui en tirent salaire et profits personnels), notamment parce qu’elles ne pourraient plus lever des fonds ou faire les intéressants devant les caméras.

Le second, c’est que ce faisant, on laisserait le capitalisme et le marché libre régler un problème que la gestion collectiviste et étatique ont été infoutus de résoudre depuis des décennies (et ont même créé en premier lieu). Outre un nouvel échec de ces idéologies, cela ferait un nouvel exemple de cette vérité qui dérange et que beaucoup refusent de voir ou de supporter. Ils s’y opposent donc de toute leur force, en mettant en avant des raisonnements émotionnels essentiellement basés sur une morale étrange où la commercialisation contrôlée, qui résout le problème, sera toujours considérée comme moins désirable que l’usage de la force et des sanctions, même si l’efficacité de ces dernières mesure leur donne tort.

Ces deux points suffisent donc à écarter toute application de ces solutions qui ont pourtant déjà montré qu’elles marchaient fort bien et résolvaient efficacement le problème. Nous pourrons mieux nous concentrer sur l’usage de la force, sur les interdictions les plus sévères possibles, et voir disparaître rhinos et éléphants.

Formidable, non ?

Par h16, article publié en collaboration avec Contrepoints.

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