Savoir oser pour gagner : qualité foncière de l'entrepreneur

L'entreprise est un outil exceptionnel de création de richesse et d'emplois. Le dernier rapport Doing business publié annuellement par la Banque mondiale montre pourtant que l'environnement des affaires est toujours aussi mauvais en Côte d'Ivoire au point de retrouver le pays à la 126ème place sur les 185 pays classés dans le monde. Dans un environnement hostile, l'entrepreneur doit se dépasser, faire preuve de créativité et gérer particulièrement le risque. La gestion du risque, l'analyse de l'environnement sont quelques unes des missions des entreprises d'intelligence économique qui s'imposent aujourd'hui comme des outils importants dans la prise de décision de l'entrepreneur qui se retrouve souvent seul dans un cadre des affaires défavorable et face à une concurrence mondialisée. Quels conseils peut-on donner à la jeunesse africaine qui rêve d'entrepreneuriat?

Interview de Jean-Michel Lavoizard, DG fondateur de l’entreprise panafricaine ARIS intelligence économique.

 


 

1-   Jean-Michel Lavoizard, pourriez-vous nous présenter en quelques mots l’entreprise ARIS ?

La compagnie ARIS – Advanced Research & Intelligence Services – est une société de services d’Intelligence Economique & Stratégique (IES), ou d’information et de conseil aux fins de décision et d’action.

Depuis la Côte d’Ivoire et le Nigeria, nos équipes multinationales et internationales accompagnent une clientèle locale et internationale diversifiée d’opérateurs et investisseurs économiques et financiers, pour les aider à identifier au plus tôt des opportunités d’affaires et à pénétrer des marchés avec un avantage concurrentiel (Business/Market Intelligence) ; à en anticiper et à en réduire les risques associés (Risk Management & Mitigation) ; à gérer des crises et à résoudre des situations difficiles (Crisis Management & Investigation).

Quelle que soit la problématique, notre valeur ajoutée consiste à collecter des informations fiables et actualisées ; à les analyser de façon approfondie et contextualisée ; sur la base de conclusions et de recommandations argumentées, à conseiller les décideurs dans leur prise de décision et dans la mise en œuvre de stratégies.

2-   Lors de la création de votre filiale ivoirienne, avez-vous rencontré des difficultés liées aux procédures administratives, à la corruption, au coût ?


Lors de la création de la filiale ivoirienne d’ARIS en février 2011, nous n’avons pas rencontré de difficultés liées aux procédures administratives, à la corruption ou au coût. A cette période, notre jeune compagnie s’est adaptée aux besoins du moment par des missions d’Intelligence « de crise » – analyse de situation, conseils sécuritaires, recueil d’informations et de preuves, accompagnement de terrain.

3-   Pensez-vous que l’on naisse entrepreneur ou qu’on puisse le devenir ?

Selon moi, la première qualité foncière de l’entrepreneur est de savoir oser pour gagner, c’est-à-dire de prendre des risques calculés et responsables pour réaliser un projet ambitieux et saisir des opportunités. Le goût du risque ne s’apprend pas, il est inné.

Par contre, l’acquisition par l’enseignement et l’apprentissage de méthodes et de techniques de gestion permettent, avec l’expérience qui développe l’intuition et l’instinct, d’optimiser les opportunités en les mettant en rapport avec les risques.
Ensuite, il s’agit de savoir s’entourer des bons experts et conseillers, compétents et de confiance.

4-   Quelles qualités nos étudiants doivent développer s’ils souhaitent emprunter le chemin stimulant de l’entreprise privée ?

Dans un contexte économique mondialisé, globalisé et compétitif dominé par un marché de l’offre davantage que de la demande, il s’agit de se différencier.

Pour cela, développer une solide culture générale, transdisciplinaire, avec un esprit curieux et ouvert, tout en se spécialisant dans un domaine (géographique, thématique, sectoriel).

Pratiquer couramment l’anglais, langue des affaires, est une nécessité absolue à l’écrit et à l’oral pour évoluer.

5-    Pensez-vous que c’est l’argent qui fait le projet ou le projet qui fait l’argent ?

Au départ il y a un projet, la vision ambitieuse d’une idée à réaliser et à développer. Peu d’argent est nécessaire pour le démarrer.
L’originalité de son offre, son caractère innovant et sa valeur ajoutée en adéquation à un besoin avéré du marché (demande) génèrent par eux-mêmes de la ressource financière qu’il s’agit de bien gérer et de réinvestir.

L’argent – chiffre d’affaires mais surtout marge bénéficiaire - vient donc valider le business model et la performance du projet, en couronner le succès.

6- Ici, on a coutume de voir les leaders briller en dominant leur équipe et en étant inaccessible. Que pensez-vous de ce modèle de leader souvent arrogant en haut de la pyramide ?

A notre époque, pour acquérir une position sur le marché, la maintenir et, mieux voire nécessaire sous peine de disparaitre, la développer, il est nécessaire de tirer le meilleur de ses ressources internes : capital, actifs, personnel. Pour cela, une organisation doit être intelligente et « apprenante » (a learning organization), c’est-à-dire capitaliser sur ses compétences, ses réseaux, son savoir, ses connaissances et son expérience (lessons learned) que seule permet une culture transverse, voire matricielle, et collaborative de management visant à l’amélioration continue.

Alors que dans notre Société de l’Information il est désormais illusoire et inutile de tout savoir et que les (bonnes) questions importent plus que les réponses, tout esprit de domination hiérarchique fondé sur une logique de certitude nuit à la créativité et décourage la contribution volontaire et spontanée de valeur. Dans une logique élitiste fondée sur le mérite et la performance, et non égalitaire qui conduit au nivellement par le bas, celle-ci doit être encouragée à tous les niveaux et assortie de modes de reconnaissance (bonus, formations complémentaires, progression de carrière, etc.).

7-    Certains ont peur de se lancer dans la création d’une entreprise car ils craignent de tomber. Que pourriez-vous conseiller aux étudiants sur la notion de risque qui émaille le parcours de tout entrepreneur ?

La crainte, fille de la peur, est un sentiment naturel qu’on peut maîtriser. Le « courage entrepreneurial » consiste non pas à nier cette crainte mais à la surmonter. Comme pour le stress, tant que la crainte n’est pas incapacitante elle est utile voire salutaire, car elle oblige à rester lucide et vigilant (vis-à-vis de soi-même, de son projet et des autres). L’inconscience ou la négation des risques peut se révéler dangereuse.

A tout âge on apprend davantage par ses échecs que par ses succès, sans les aimer mais en les acceptant (comme ses défauts)  pour en tirer des leçons utiles. Rien ne vaut l’apprentissage par l’expérience personnelle pour progresser.

Le risque est inhérent à toute forme de vie, d’un Homme ou d’une organisation. Le « risque zéro » n’existe pas mais on peut le réduire pour finalement le maîtriser.  « Qui ose gagne » !

Interview réalisée par l’équipe d’Audace Institut Afrique dans le cadre de la campagne "liberté remède contre la pauvreté".

 

 


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