DESCARTES 1596 - 1650

La nature de la philosophie

Descartes compare la philosophie à un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches les sciences, et notamment la médecine, la mécanique et morale. Cette image représente fidèlement les aspects très différents de son œuvre. Descartes a été en effet métaphysicien (preuve et nature de Dieu), physicien (astronomie, optique), chimiste et naturaliste (vie des animaux), mathématicien (algèbre, géométrie analytique), moraliste (analyse des mœurs et du pouvoir). Par l’ampleur de ses ambitions intellectuelles, il annonce Marx : rien ne saurait échapper à sa logique. La philosophie de Descartes se veut globale. Elle se fixera définitivement après la condamnation de Galilée, dont Descartes partage les théories coperniciennes (héliocentrisme : la terre tourne autour du soleil). A vrai dire, la partie « scientifique » de l’œuvre de Descartes s’avèrera avec le temps d’une grande faiblesse, tandis que sa partie métaphysique, épistémologique et anthropologique laissera des traces durables, parfois au cœur des débats contemporains.

Ame et corps : le dualisme cartésien

L’être humain est fait de deux substances différentes : l’âme et le corps. Les animaux sont des corps sans âme. L’âme est la substance pensante, c’est ce qui définit l’homme. L’existence de l’homme est contenue dans sa pensée. « Je pense et j’existe » (ce qui n’est pas exactement le « je pense donc je suis » que Descartes a finalement abandonné). Le « cogito », la faculté de penser, est ce qui conduit l’homme à la recherche de la vérité, qui est la réaction logique au doute fondamental qui l’agite. Sans doute le corps va-t-il solliciter aussi la pensée, mais il ne peut conduire à aucune connaissance, il ne produit que sensations.
Pourquoi se référer à ce dualisme ? C’est qu’il marque la puissance de l’esprit, libéré de toute limite, ouvrant grandes les portes de la connaissance.

La connaissance, la découverte des lois par la raison

Située au cœur du cartésianisme, voici l’idée que l’homme peut accéder à la connaissance par la découverte de lois universelles et intemporelles. Tout est régi par ces lois, et un raisonnement rigoureux, déduit du plus simple pour aller au plus complexe, permet de les mettre à jour. Tout est accessible à l’esprit, même si les lois ne sont pas évidentes, et n’apparaissent qu’après une analyse, une synthèse et une mesure (« dénombrement »). Descartes est ainsi en rupture totale avec la tradition de la philosophie d’Aristote ou de Saint Thomas d’Aquin et des scolastiques : il élimine l’essentialisme de l’être humain. Il propose une connaissance parfaite et définitive, niant le temps et l’expérience. L’infinité elle-même, l’existence de Dieu, sont elles-mêmes à la portée de la raison humaine. Dans sa « critique de la raison pure », Kant soutiendra au contraire que l’homme ne peut accéder à la connaissance parfaite ; il a besoin de la foi pour trouver une réponse : « abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance ».  
Mais, bien avant Kant, Descartes s’attirera les critiques les plus vives de Pascal, Hobbes, Leibniz, Spinoza, entre autres.

La présomption fatale et le constructivisme

On pourrait prêter à Descartes le slogan : « c’est çà et rien d’autre ». Le « doute cartésien » n’est qu’un leurre : il n’est là que pour expliquer l’appétit de savoir de l’être humain. En réalité le cartésianisme c’est la certitude qu’il y a un déterminisme rationaliste, c’est l’orgueil de tout pouvoir connaître, de tout pouvoir expliquer : « présomption fatale » dira Hayek. Cette attitude est fréquente chez les beaux esprits (« Nous avons trop de beaux esprits », estimait Bastiat). Cette mentalité inspire évidemment tous les constructeurs de sociétés parfaites, et les Jabobins extrêmes, puis les Saint-Simoniens, tout comme les positivistes disciples d’Auguste Comte, se réfèreront volontiers à Descartes. Mathématiciens, et scientifiques sont facilement également séduits par Descartes, sa rue borde l’Ecole Polytechnique. Mettre en équations Dieu, la société, puis maintenant l’économie : n’est-ce pas la voie du progrès ? Quand Glucksmann proclame « Descartes, c’est la France », rend-il réellement hommage à ses compatriotes : raisonneurs, intolérants, dominateurs ?

Publié en collaboration avec Libres.org : http://www.libres.org

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