Le crayon, le canon, la fleur et la flamme !

L’orage est passé, la fièvre a baissé, il faut raisonner. Étions-nous sommés de choisir entre l’intolérance religieuse et l’insolence irrévérencieuse ? « Être » ou « ne pas être » du clan des sans-bornes ou des suicidaires. L’irréductible opposition jaillit de l’esprit humain depuis les temps immémoriaux, depuis Parménide et Héraclite (Le fleuve qui coule est le même ou toujours un autre ?) jusqu’à Chimène et Rodrigue (Le cœur ou l’honneur?) ; Shakespeare n’a écrit qu’une intuition des siècles : To Be or Not to Be…

CHARLIE OR NOT CHARLIE…TELLE EST LA QUESTION ! LA BONNE QUESTION ?

Il est regrettable de voir des foules entières descendre dans les…ruines ! Ruines de la Pensée, de la Raison. On veut détruire l’idée autre ou la croyance autre, puis l’autre ! Le pas est vite franchi, la nuance si subtile. L’altérité est réduite à des chaines que doit trainer notre « liberté » ou dont elle doit se défaire. Tout le monde est devenu opposant ! Chacun s’opposant à chacun, l’homme à lui-même. Le mot de Hobbes est devenu un euphémisme, l’Homme n’est plus qu’une cible pour l’Homme ! Cible de tirs groupés entre deux groupes séparés. Toujours deux blocs ! Hier l’Est contre l’Ouest, aujourd’hui, barbaries contre railleries. Dans ce face-à-face du crayon et du canon, la raison n’a plus de raison…d’être. Tuer ou Dessiner, Tirer ou Ridiculiser, l’un contre l’autre, l’un sans l’autre, le débat fait place aux combats.

N’Y A-T-IL VRAIMENT QUE DEUX CLANS ? ALORS, CE VIVRE-ENSEMBLE ?

J’en connais pourtant des croyants qui ne tuent pas ! Et des incroyants qui ne moquent pas. Se sont-ils ralliés ? Je ne le sais pas. Sinon, il faut qu’ils aident à désarmer les crayons et les canons. Il est important d’ouvrir, dans la circularité des raisons cloisonnées, une fenêtre sur la justification ou l’obligation raisonnée. Mais, la porte du débat est encore scellée. Et par-dessus tout, la clé de la porte est jetée…relativisée. C’est peut-être le relativisme qui est en cause ? Non l’opinion ou la religion…

Si on reconnait que « la » porte ne peut être ouverte que par « la » clé, nous irons la chercher ! Si nous continuons  à croire, dans le dogmatisme religieux ou l’athéisme irrévérencieux, que chacun a sa clé… On ne dé-passera pas l’impasse ! Continuons de le penser, en comparant nos clés… la plus belle, la plus grande, la plus forte, jamais on n’ouvrira cette porte ! La porte ? C’est celle de la communauté réalisable et bâtissable, uniquement hors des désirs bestiaux d’hégémonie, des tendances sauvages des déraisons épidermiques, des délires béatifiés. Une communauté ne peut s’accommoder de dictature, de servitude, ni de la majorité, ni de la minorité. Il faut mettre fin à la guerre du crayon contre le canon !

EST-CE SI COMPLIQUÉ EN RÉALITÉ ?

On l’appellera comme on veut… Morale, Ethique, Bon sens, Délibération, Démocratie… Mais il faudra trouver la clé de la porte du vivre ensemble ! La question de savoir si on le veut ou non, ne se pose plus. C’est un impératif ! L’équilibre de la terreur est atteint on l’a vu : (Dé)Périr ensemble en provocant, en s’énervant, en s’entretuant… ou (Sur)Vivre en raisonnant chacun… That’s the question !

A-t-on besoin de philosophie ou de métaphysique pour le comprendre ? C’est apparemment si simple : Le je-m’en-foutisme n’a pas droit de cité, il devait rester dans l’état de nature. Mais voilà, on oublie le plus élémentaire : le respect ! Or, la politesse est le premier degré du respect de l’autre. Finis l’âge de la délicatesse des femmes, de la noblesse des hommes… Tout le monde s’en fou de tout le monde ! Peut-être qu’en plus du droit de l’Homme à l’éducation, il faut songer à un devoir d’éducation personnelle… comme règle universelle.

SE FIER AUX JURISTES ET À LEURS DROITS ?

Allons ! Entre nous, les lois sont la copie conforme (à la virgule près) des avant-projets de loi, et un avant-projet de loi est élaboré dans un petit bureau d’un grand ministère, par deux ou trois personnes… Ce n’est certes pas la procédure « normale », mais c’est la procédure habituelle. Allons! Pas de dogmatisme législatif ! En plus, les juristes ont l’art de dire et de se dédire… Oui et non ! Ils le disent naturellement, très sérieusement, techniquement, mais ils le disent. Lisons ces orientations de l’UE du 24 juin 2013 : « Lorsque des critiques sont formulées sur des religions ou des convictions et que l’expression de ces critiques est perçue par les adeptes concernés comme étant si offensante qu’elle pourrait entrainer des actes de violence …si ces critiques constituent à première vue un discours de haine…l’UE les dénoncera et exigera qu’elles fassent l’objet d’une enquête et soient jugées… En tout état de cause, l’UE rappellera… que le droit à la liberté́ de religion ou de conviction... n’englobe pas le droit d’avoir une religion ou une conviction qui échappe à la critique ou à la dérision ».

Avez-vous compris ? Avec un minimum de politesse, malgré nos différences, on peut se passer de la compréhension de ce texte alambiqué et de tous les autres !

COMMENT CHACUN VOIT SA LIBERTE ?

A chacun de voir. Moi, j’avais vu jusqu’ici ma liberté comme une flamme… Flamme impétueuse et inextinguible… Mais, la flamme de ma liberté a été noyée dans tant de larmes…Crayon contre Canon ! Je la vois, à présent, pousser sur les ruines de la nos Raisons, comme une fleur. Oui ! La liberté, telle un sphinx renait toujours et je peux dire comme Hugo : « J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir » !

Désiré N’Dri, juriste, analyste pour Audace Institut Afrique.

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